Informer, former et accompagner toutes les parties prenantes pour une gestion durable et équitable des ressources naturelles au Gabon et dans le bassin du Congo.
♻️Mission communication, sensibilisation et éducation environnementale sur la coexistence pacifique Homme-Éléphant dans la province de l’Ogooué-Ivindo.
Après la première étape de sensibilisation dans la province du Woleu-Ntem au mois d’août, le tour est revenu à la province de l’Ogooué-Ivindo qui a accueilli l’équipe de Brainforest, du 8 au 20 octobre 2026, pour la mission de communication et de sensibilisation sur la coexistence pacifique Homme-Éléphant.
La mission intervenait dans un contexte marqué par la persistance du conflit Homme-Eléphant qui demeure au cœur des préoccupations des communautés locales, des ONG environnementales nationales et internationales ainsi que pour l’Etat Gabonais. A travers cette sensibilisation, la mission entendait contribuer au renforcement de la résilience des communautés locales, en favorisant une meilleure compréhension des enjeux liés à la présence de l’éléphant et en promouvant les conditions d’une coexistence pacifique durable entre les populations et cette espèce.
Ainsi, la Wildlife Conservation Society (WCS), en qualité de partenaire technique et, the Central African Forest Initiative (CAFI), partenaire financier, se sont engagés à accompagner l’Etat Gabonais dans la mise en œuvre des actions d’atténuation du conflit Homme-Eléphant. Dans un premier temps, il a été question pour CAFI de financer l’installation de la clôture électrique dans les communautés rurales pour sécuriser leurs productions agricoles. Ce programme, mis en œuvre par l’ONG Space for Giante, a permis d’atténuer les intrusions d’éléphants dans les champs de ces dernières et de garantir leurs moyens de subsistance.
Dans un second temps, l’ONG Brainforest a été retenue comme acteur de terrain pour la mise en œuvre du projet de sensibilisation intitulé « Campagne nationale de communication, sensibilisation et éducation environnementale sur la coexistence pacifique Homme-Éléphant ». Une initiative qui vise notamment à renforcer les connaissances des communautés sur les comportements à adopter face aux éléphants et à promouvoir des pratiques favorisant une coexistence plus harmonieuse.
L’objectif global de la mission était donc de renforcer les capacités des communautés locales sur les principes de coexistence pacifiques avec les éléphants. Et de manière spécifique, de communiquer et sensibiliser les populations villageoises sur :
- L’importance écologique de l’éléphant ;
- L’importance culturelle des éléphants ;
- La prévention des conflits Homme-Éléphant ;
- La sécurité face aux éléphants.
Communiqué
30 octobre 2026
DÉCLARATION DE LIBREVILLE
PRÉAMBULE: LE TEMPS DES ACTES
Nous, organisations de la société civile, représentantes et représentants des peuples autochtones et des communautés locales, autorités traditionnelles et acteurs engagés dans la protection des forêts et de la biodiversité, réunis à Libreville les 28 et 29 octobre 2026, réaffirmons notre détermination à préserver le Bassin du Congo, patrimoine écologique, culturel et humain essentiel à la région et à l'équilibre climatique mondial.
Notre rencontre s'inscrit dans la continuité des conférences de Yaoundé en 2024 et de Kinshasa en 2025. Ces rendez-vous ont porté sur des analyses fortes en faveur de la protection des forêts, de la justice climatique, des droits des peuples des forêts et d'un accès équitable aux financements.
Les pressions liées à l'exploitation non durable des ressources, aux activités extractives et à la conversion des terres persistent. Les droits fonciers coutumiers restent insuffisamment reconnus, les communautés demeurent trop souvent exclues des décisions qui affectent leurs territoires, et les financements annoncés atteignent difficilement voire très peu les organisations locales et les populations qui protègent les écosystèmes.
Les expériences partagées à Libreville montrent cependant que des solutions existent: observation indépendante, cartographie participative, cogestion des espaces forestiers, initiatives communautaires de conservation, agroécologie et mécanismes de financement direct. Leur consolidation exige une volonté politique réelle, des moyens adaptés et la reconnaissance des communautés comme parties prenantes à part entière de la gouvernance du Bassin du Congo.
Nous refusons que la conservation se fasse au détriment des droits, que le développement des pays du Bassin du Congo sacrifie les territoires villageois et que les financements destinés à protéger les forêts échappent à celles et ceux qui les préservent.
Nous appelons donc les gouvernements des pays du Bassin du Congo, les institutions régionales, les partenaires financiers et les entreprises à passer des engagements déclaratifs à des décisions vérifiables, assorties de responsabilités, de moyens et d'échéances.
1. RENFORCER LA GOUVERNANCE FORESTIÈRE ET METTRE FIN À L'IMPUNITÉ
Nous reconnaissons les avancées législatives et institutionnelles enregistrées dans plusieurs pays du Bassin du Congo. Toutefois, l'existence de lois ne suffit pas lorsque leur application demeure insuffisante, que les contrôles sont fragiles et que les infractions ne donnent pas lieu à des sanctions dissuasives.
Ainsi dans les départements de la Zadié et de l’Ivindo, les communautés locales ont été édifiées sur les bonnes pratiques, c’est-à-dire, sur les gestes à faire ou à ne pas faire. Les connaissances des jeunes et des femmes ont été renforcées sur le rôle écologique de l’éléphant et le concept de coexistence pacifique.
Garantir la transparence dans l'attribution des concessions forestières, minières, pétrolières et agro-industrielles, ainsi que dans les décisions de déclassement et de réaffectation des terres. Les informations relatives aux titres, aux contrats, aux obligations des opérateurs et aux résultats des contrôles doivent être accessibles au public.
Renforcer l'application des lois par des contrôles indépendants, des moyens humains et logistiques suffisants pour les administrations compétentes, des sanctions effectives et la lutte contre la corruption et l'exploitation illégale.
Développer des systèmes fiables de traçabilité des produits forestiers, de leur origine jusqu'à leur destination finale, et renforcer la coopération entre les pays pour lutter contre les infractions environnementales transfrontalières.
Prévenir les chevauchements incompatibles d'affectations des terres, notamment lorsque des activités forestières, minières ou agro-industrielles menacent des écosystèmes sensibles, des espaces protégés ou des territoires coutumiers des peuples autochtones et communautés locales.
Institutionnaliser la participation de la société civile et des communautés locales et peuples autochtones dans les réformes foncières et forestières, la surveillance des ressources naturelles et les mécanismes de gestion des plaintes.
Nous appelons également les parlements nationaux à exercer pleinement leur rôle de contrôle et à veiller à ce que les réformes législatives se traduisent par des mesures d'application cohérentes et protectrices des droits.
Nous encourageons les États à examiner, selon leurs contextes nationaux, des mesures conservatoires, notamment des moratoires conditionnels sur l'attribution de nouveaux titres d'exploitation industrielle des ressources naturelles y compris ceux de conversion des terres et des forêts dans les zones à risque, le temps de vérifier la légalité des titres, les chevauchements territoriaux et le respect des droits des communautés.
La gouvernance forestière doit protéger l'intérêt général, et non garantir l'impunité des intérêts particuliers.
2. RECONNAÎTRE LES DROITS, LES SAVOIRS ET LE LEADERSHIP DES PEUPLES DES FORÊTS
Les peuples autochtones et les communautés locales ne sont pas de simples bénéficiaires des politiques de conservation ou de développement. Ils sont détenteurs de droits, de savoirs et d'expériences indispensables à la préservation des écosystèmes. Pourtant, les témoignages recueillis à Libreville ont mis en évidence les déplacements forcés, l'insécurité foncière, les restrictions d'accès aux ressources naturelles et la marginalisation persistante des communautés et de leurs représentants.
Nous demandons aux gouvernements de:
Reconnaître et sécuriser les droits fonciers et forestiers coutumiers, en adaptant les cadres juridiques et les procédures afin que les territoires ancestraux soient identifiés, documentés et protégés contre les attributions incompatibles.
Garantir une participation effective aux décisions, en associant directement les peuples autochtones et les communautés locales à la conception, à la négociation, à la mise en œuvre et au suivi des projets qui concernent leurs territoires.
Rendre effectif le consentement libre, informé et préalable (CLIP), conformément aux normes applicables, avant les décisions et projets concernés, sans réduire la consultation à une simple formalité organisée après que les choix aient déjà été arrêtés.
Reconnaître les savoirs et les pratiques coutumières de conservation, notamment les forêts sacrées, les territoires de vie et les initiatives communautaires qui contribuent à la protection de la biodiversité.
Renforcer la représentation des peuples autochtones, des femmes et des jeunes dans les institutions, les instances de concertation et les mécanismes de décision, tout en facilitant leur accès à l'information dans des langues et des formats adaptés.
Protéger les défenseurs de l'environnement et les organisations de la société civile contre les menaces, les intimidations et la criminalisation liées à leurs activités légitimes.
Mettre en place les mécanismes de recours accessibles, de gestion des plaintes et de réparation pour les communautés victimes de déplacements ou des conflits homme-faune, de restrictions injustifiées d'accès aux ressources ou d'atteintes à leurs droits.
Aucune politique forestière ou climatique ne peut être juste si les peuples des forêts restent absents des décisions qui les concernent.
3. FAIRE DE LA CONSERVATION UN PROJET DE TERRITOIRES RÉSILIENTS
La protection de la biodiversité ne peut reposer uniquement sur la création d'aires protégées ou sur des restrictions d'usage imposées aux populations riveraines. Les expériences présentées à Libreville montrent que les savoirs traditionnels, les initiatives communautaires et la participation locale peuvent contribuer directement à la conservation et à la résilience des écosystèmes.
Nous demandons aux gouvernements, aux organismes de conservation et à leurs partenaires de:
Promouvoir des modèles de conservation fondés sur les droits, qui associent les communautés à la gouvernance des espaces protégés et assurent une prise en compte réelle de leurs besoins et de leurs droits.
Reconnaître juridiquement les territoires de vie et les initiatives communautaires de conservation, notamment les Aires et Territoires du patrimoine autochtone et communautaire (APAC), et leur garantir une protection contre les affectations incompatibles.
Développer les mécanismes de cogestion, les accords communautaires et la cartographie participative, en s'appuyant sur les connaissances locales et en assurant leur participation dès la conception des dispositifs.
Soutenir les alternatives économiques durables, dont l'agroécologie, l'agroforesterie, les produits forestiers non ligneux et les activités génératrices de revenus compatibles avec la préservation des écosystèmes.
Assurer un partage équitable des coûts et des bénéfices de la conservation, en prévoyant des mécanismes transparents de redistribution et des réponses aux pertes de revenus ou aux dommages subis par les populations riveraines.
Renforcer les dispositifs de suivi écologique et social, afin que les résultats de conservation soient évalués en tenant compte de l'état des écosystèmes, des droits humains et du bien-être des communautés.
Nous appelons les États à intégrer ces approches dans leurs politiques nationales de conservation, leurs stratégies climatiques et leurs engagements en faveur de la biodiversité.
L'objectif mondial de protection de 30 % des terres et des mers à l'horizon 2030 ne doit pas devenir un motif supplémentaire de dépossession ou d'exclusion. Sa mise en œuvre doit respecter les droits, reconnaître les territoires de vie et valoriser les contributions des peuples des forêts.
Protéger la biodiversité, c'est aussi protéger les personnes, les cultures et les territoires qui la font vivre.
4. ALLOUER DIRECTEMENT LES FINANCEMENTS CLIMATIQUES ET POUR LA BIODIVERSITÉ À L'ACTION LOCALE
Les échanges de Libreville ont révélé un décalage persistant entre l'ampleur des financements annoncés à l'échelle internationale et les ressources effectivement accessibles aux organisations locales et aux communautés. Les lourdeurs administratives, le manque d'information, les exigences disproportionnées et l'insuffisance des enveloppes dédiées au financement direct limitent leur capacité d'action.
Les communautés ne doivent pas être considérées uniquement comme les bénéficiaires ultimes de programmes conçus ailleurs, mais comme des partenaires capables de définir leurs priorités, de gérer des ressources et de rendre compte de leur utilisation.
Nous demandons aux gouvernements et aux partenaires financiers de:
Garantir un accès direct, équitable et transparent aux financements pour les organisations communautaires, les peuples autochtones, les organisations de femmes et de jeunes et les OSC nationales.
Réserver des enveloppes financières substantielles et prévisibles aux initiatives locales de conservation, de restauration des écosystèmes, d'adaptation climatique et de développement durable.
Simplifier les procédures de candidature et de gestion, en les adaptant à la taille des projets et aux capacités des organisations, sans renoncer à des exigences proportionnées de transparence et de redevabilité.
Financer l'accompagnement de proximité, notamment le renforcement des capacités, la structuration des organisations, la préparation des projets, la gestion financière et le suivi des résultats.
Cartographier et rendre accessibles les mécanismes de financement existants, avec leurs critères, leurs procédures, leurs calendriers et leurs interlocuteurs, afin que les communautés puissent identifier les possibilités réellement accessibles.
Garantir la transparence et la redevabilité des fonds, en publiant les allocations, les bénéficiaires, les résultats et les mécanismes de contrôle, et en assurant la participation des communautés à la gouvernance des financements qui les concernent.
Nous encourageons le développement et la consolidation de mécanismes adaptés, tels que les fonds communautaires pour le climat et la biodiversité, les dispositifs de microfinancement et les fonds de confiance, capables de soutenir des initiatives locales à une échelle pertinente et selon des procédures accessibles.
Le financement de la conservation doit atteindre les territoires, renforcer les acteurs locaux et produire des résultats dont les communautés peuvent témoigner.
5. DE LIBREVILLE À L'ACTION: DES PRIORITÉS COMMUNES, DES RESPONSABILITÉS ET UN SUIVI
Nous appelons les gouvernements du Bassin du Congo, la COMIFAC et les autres institutions régionales, les partenaires techniques et financiers ainsi que le secteur privé à traduire les revendications de cette déclaration en mesures concrètes.
À l'approche de la COP 31 et des prochaines échéances internationales, nous invitons les gouvernements et les partenaires financiers à porter ces priorités dans les espaces de décision nationaux, régionaux et internationaux, en particulier sur la gouvernance forestière, les droits des peuples des forêts, la conservation inclusive et l'accès équitable aux financements climatiques et pour la biodiversité.
Nous, organisations de la société civile et représentants des peuples autochtones et des communautés locales, nous nous engageons à créer un réseau dynamique d'échanges d'expériences et de partage de bonnes pratiques sur les réformes des politiques et autres, de renforcer notre coopération régionale, pour porter ces revendications de manière concertée et à contribuer au suivi citoyen de ces engagements.
Nous réaffirmons que l'avenir du Bassin du Congo ne peut se construire sans celles et ceux qui vivent dans ses forêts, en dépendent et les protègent.
Le temps des engagements sans suite doit prendre fin. Nous appelons à des droits garantis, des forêts protégées, des décisions transparentes et des financements qui arrivent jusqu'aux populations.
Fait à Libreville, le 29 octobre 2026.
Les organisations de la société civile et les représentants des peuples autochtones et des communautés locales, participant à la 3e Conférence des OSC du Bassin du Congo.