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La mafia chinoise écume les forets gabonaise : l’exemple de l’Ogooué Ivindo.

Pour les ONG environnementales et les observateurs de l’activité économique dans notre pays, le ministère en charge des eaux et forêts et l’activité forestière au Gabon sont des terreaux de la haute corruption. Plusieurs opérateurs forestiers y exercent leurs activités depuis des décennies avec plus ou moins d’engagement dans le respect de la loi forestière. Mais depuis l’arrivée des opérateurs chinois dans ce secteur, c’est le règne de mafia encouragée par la haute administration de ce département. Tout y passe : corruption, exploitation illégale des essences protégées, exploitation hors permis, braconnage à grande échelle des espèces protégées. La province de l’Ogooué Ivindo au Nord Est du Gabon bat le record de l’invasion chinoise comme le démontre une importante mission de terrain effectuée par le programme CAF financé par l’Agence Française de Développement dans le cadre de la reconversion de la dette.

 

 

 

 


Par Brainforest - 03/05/2017 à 09:37:10 - Modifié le 03/05/2017 à 13:01:16

Ce raisonnement économique se base sur une hypothèse de rendement matière Entré-Sortie usine de la grume de 50% (les autres 50% renvoient aux sciures, incinération systématique de morceaux de bois).

 

Mais le scandale ne se situe nullement à ce niveau. « Les sociétés forestières volent à l’Etat » a lancé le Chef de cette mission qui est par ailleurs coordonnateur du programme CAF, ruminant la colère d’un OPJ qui a constaté les faits, doublé d’un agent des Eaux et Forêts qui mesure le gaspillage et le pillage dont se rendent coupables les entreprises forestières notamment celles qui sont à capitaux asiatiques et particulièrement chinois.

 

Pour illustrer le gaspillage et l’importante évasion fiscale que la Mission reproche aux opérateurs économiques investis dans le secteur du bois, le chef de mission, a démontré, par exemple que les deux sociétés majeures, à savoir KHLL et WCTS, se sont en trois ans amusés à dissimuler des milliards de CFA, qui ont pris des destinations inconnues.

 

La première simulation montre comment une entreprise a gagné un peu plus de 532 millions de CFA en exploitant une essence protégée et en surexploitant d’autres essences. De façon globale, ladite société a exploité le Mukulungu dans son permis. Cette essence classée « protégée » n’aurait pas dû être coupée. Et pourtant, elle s’est rendue coupable d’avoir fait  tomber 481 grumes de ce bois précieux et protégé. 241 grumes ont été débitées et vendues au prix moyen de 30.000 Cfa le m3 hors frais d’exploitation soit 72.150.000 Cfa pour un coût de revient de 34.872.500 et une marge de 37.277.500 cfa. A cela, il faut ajouter les recettes tirées des volumes de bois coupés en trop (Le trop perçu en grumes) par rapport aux « Plan Annuel d’Opération » (PAO), document technique essentiel à la planification annuelle de coupe de bois sur pieds. C’est ainsi que ladite société a coupé illicitement 896 m3 de Bélinga (35.000 Cfa de marge sur le m3), 1991 m3 de Diétou, (32.000 de marge sur le m3), 72 m3 de Doussié (70.000 le m3 de marge sur le m3), 1047 m3 d’Ebiara (33.000 de marge sur le m3), 409 m3 d’Izombé (45.000 de marge sur le m3), 2331 m3 de Movingui (18.000 de marge sur le m3), 4692 m3 d’Okan (18.000 de marge sur le m3), 61 m3 de Pao Rosa (95.000 de marge sur le m3), 1875m3 de Sapelli (50.000 de marge sur le m3) et 2963 m3 de Tali (35.000 de marge sur le m3). Toutes ces infractions sont estimées à 532 millions de CFA au moins au courant de l’année 2016.

 

D’après les mêmes investigations, sur la même année, une autre entreprise chinoise a cumulé en trop perçu plus de 2,7 milliards de CFA. 1.021.030.000 de CFA sur des essences interdites de coupe (Iroko, Izombé, Sipo, Tiama et Mukulungu) pour plus de 5.658 m3 coupés et 2829 m3 de bois débités. 1.752.688.000 de CFA pour 4.081m3 de bois coupés en trop par rapport au PAO de l’année 2016.

 

Ces deux entreprises, à elles seules, ont donc empoché frauduleusement, avec la complicité présumée des agents publics, la somme de 3.305.942.500 de CFA. Si l’on tient compte du fait que l’Ogooué Ivindo compte 19 Concessions Forestières sous Aménagement Durable (CFAD) dont 14 sont en activité, 16 Conventions Provisoires Aménagement Exploitation et Transformation (CPAET) dont 9 en activité et 19 Forêts Communautaires (FC) dont 8 en activité, soit 33 permis en activité sur 54, le préjudice peut être logiquement estimé à plus de 54 milliards de CFA à raison de 1,652 milliards en moyenne de dette par entreprise. Il faut néanmoins notifier que seuls 16 CFAD, CPAET et FC ont été contrôlés mais le montant de la dette n’en sera pas moins vertigineux.

 

Cette mission a pu démontrer que le Gabon peut compter sur sa forêt pour accompagner son développement. Ces exploitants indélicats dont certains avaient séjourné quelques jours plus tôt dans les geôles de la Direction Générale de la Recherche à l’occasion des gardes à vue pour nécessité d’enquêtes, et les travailleurs desdites compagnies dont certains, licenciés abusivement ou accidentés de travail, n’ont jamais été correctement traités, ont été édifiés sur le fait que « l’aménagement forestier a pour objectifs de garantir le renouvellement des ressources et de garantir à l’entreprise une durée d’exploitation durable (20 à 30 ans) et donc d’avoir des volumes suffisants dans le temps. Or, ce n’est plus le cas. Le constat est accablant, les forestiers sont en train de tout raser. Ils coupent les sous diamètres, ils coupent hors permis, ils prennent des bois qui leur sont interdits mais en plus ils maltraitent leurs travailleurs en leur refusant des CDI et des avantages sociaux. Et cela ne peut plus continuer » a t-il lancé.

 

Mais il n’y a pas que la flore qui est victime de cette mafia chinoise. Dans la forêt il y a aussi la faune. L’action « commando » des agents spécialisés en Lutte Anti Braconnage (LAB) au cours de cette mission a permis de démontrer que la province de l’Ogooué-Ivindo vit au rythme du grand braconnage et d’un important trafic. Grâce à quatre chiens renifleurs, il a été saisi vingt-quatre morceaux et quatre pointes d’ivoire d’éléphants ainsi que six fusils de chasse.

 

La Mission a soulevé de nombreuses questions. Sur la capacité de ces agents, pourtant assermentés, à faire la police forestière, sur les procédures judiciaires engagées, sur les saisies et la mise en arrêt d’unités de production ainsi que sur les gardes à vue dont les raisons et les contours ont été mal renseignés, provoquant des interventions et des interprétations tous azimuts.

 

Toutefois les services des Eaux et Forêts qui doivent remplir au quotidien la mission de contrôle et police forestière manquent cruellement de moyens techniques et de transports, devant quelques fois faire l’aumône auprès des partenaires économiques que sont les chinois avec tous les risques de corruption que cela peut engendrer.

 

Cette mission a permis au CAF (une équipe de 60 personnes et 5 chiens renifleurs de réaffirmer son engagement à poursuivre la conscientisation et la moralisation du secteur forestier, de veiller aux bonnes pratiques de la gestion forestière et faunique et surtout de demeurer mobilisé face à la destruction de la forêt gabonaise qui pourrait ne pas se régénérer, si le massacre ne cesse pas, au profit du bien-être social des communautés villageoises et des générations futures.

 

Il est à craindre que cette action ne puisse avoir des résultats escomptés au regard des pressions venues de partout même des autorités du ministère complices de la mafia en cours et qui se nourrissent de cette situation pour maintenir un pouvoir financier illégal.

 

 

 

 

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